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Divertissement

Ferre Gola sort « Dynastie », un cinquième album pour mieux s’asseoir sur son trône

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Dans l’univers de la musique congolaise, Ferre Gola joue un rôle majeur depuis près d’une quinzaine d’années. Sans cesse en train de chercher à se démarquer, le chanteur kinois fait preuve de créativité, stimulé par la rivalité artistique qui existe entre les principaux ténors. Son cinquième album Dynastie met en avant la rumba trap, dernière-née des évolutions d’un genre résilient.

“Ça c’est pas du zouk, c’est de la rumba trap”, prévient Ferre Gola dans une de ses nouvelles chansons que l’on pourrait effectivement être tenté d’analyser de prime abord à travers un prisme antillais. “Tu confonds les pas”, met-il même en garde. Si la rumba congolaise a été sanctuarisée en décembre 2021 par l’Unesco qui l’a inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel, le son du XXIe siècle à Kinshasa n’est pas celui d’autrefois.

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Il a même radicalement évolué, ce qui n’empêche pas l’artiste quadragénaire d’assumer avec conviction l’héritage musical des maitres du genre qui ont fait danser le continent africain depuis des générations et écrit quelques lignes sur le Grand Livre de la musique.

Lui qui a grandi en écoutant Franco et Tabu Ley Rochereau, dont il dit qu’ils sont ses “idoles dans la rumba”, sait qu’au-delà de l’étiquette, le genre auquel il se rattache est en perpétuelle mutation. Il en a été le témoin, et désormais l’en voici acteur. Avec d’autres intentions que ses devanciers, car entre temps la mondialisation à marche forcée et la révolution digitale sont passées par là.

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Dynastie est d’ailleurs un album qui n’existe qu’en version dématérialisée, prend soin de préciser son auteur, qui ne cache pas non plus ses ambitions : élargir le cercle de son public hors d’Afrique. Ce à quoi son compatriote Fally Ipupa est parvenu en s’installant depuis une demi-décennie dans le paysage des musiques urbaines en France.

De nouvelles sonorités

Un temps annoncé, mais finalement mis de côté (du moins temporairement), un album à paraitre en parallèle et intitulé Harmonie était censé suivre cette même direction, avec de nombreux featurings – sources de délirantes rumeurs ! De cette démarche, il reste quelques invités sur Dynastie, comme l’Ivoirienne Josey, capable de s’adapter à différents contextes musicaux, ou encore le jeune chanteur congolais Innoss’B, en pleine ascension.

Enregistré entre Paris et Kinshasa, l’album a bénéficié du savoir-faire de musiciens expérimentés : les guitaristes Marc House et Pikas Mbayabo, le bassiste Michel Bass avec lesquels le poulain de Werrason (il est resté sept ans sous l’aile protectrice du leader de Wenge Musica Maison Mère) collabore de longue date ; ou encore Mbetengue Domingo, ex-Quartier latin, le groupe de Koffi Olomide au sein duquel Ferre a fait un passage d’à peine une année avant de se lancer en solo en 2007.

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Sur une poignée de morceaux, le chanteur est allé explorer des sonorités jusqu’alors inédites. L’homme aime surprendre et connait le risque. Déjà en 2020, il s’était illustré sur un terrain où on ne l’attendait pas : la rumba “lyrique et symphonique”, avec Regarde-moi. “Un exercice”, décrit-il, assurant avoir voulu suivre “l’exemple de Pavarotti”.

Cette fois, il a pris par moments une tout autre direction, comme sur Niveau, probablement l’un des titres les plus novateurs : un accordéon tel que le jouent les Bakongo (et dont on découvre un lien de parenté avec le funana capverdien), rattrapé par un beat programmé et enjolivé par une guitare congolaise avec l’inévitable sébène, qui fait sa spécificité.

Gaulois et Gladiators

Pour Le Padre, l’un des surnoms de Ferre, c’est aussi l’occasion de se jeter dans l’arène et défendre son territoire : “On n’a pas le même niveau”, répète-t-il en boucle sur cette chanson, écartant d’une phrase définitive tous ceux qui se comparent à lui. Même message, sur Royaume Kunga, inspiré du Wakanda imaginé dans le film Black Panther et dont le clip a été tourné dans une réserve animalière sud-africaine : “Qui veut tuer le roi ? Si vous voulez être roi, vous devez me tuer”, lance-t-il, à l’adresse “de tous ceux qui se sont autoproclamés roi, alors que je n’ai pas dit mon dernier mot”.

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Au pays de la rumba, passionné et sulfureux, les rivalités entre les principaux protagonistes sont omniprésentes, alimentées par les supporters des uns et des autres. Les siens ont pour nom les Gaulois et les Gladiators. “C’est comme les Chinois de DJ Arafat”, explique-t-il en faisant référence aux fans de la star décédée du coupé-décalé ivoirien.

Un million d’entre eux sont abonnés à sa page Facebook. Près de six fois moins que Fally Ipupa et quatre fois moins que Koffi Olomide, mais “les chiffres n’ont jamais rien prouvé”, se défend-il également dans Niveau, avec l’intention de placer le débat avant tout sur le terrain artistique.

Avant-gardiste, Dynastie n’est pas pour autant transgressif : une partie substantielle des 18 titres respecte les canons de la rumba telle qu’on l’entend et qu’elle plait sur sa terre natale depuis une vingtaine d’années, dans sa version romantique sirupeuse (Carte rose) ou dansante (Ekoyebana), avec son incontournable lot de dédicaces. “J’ai tout mélangé pour que ce ne soit pas monotone”, justifie Ferre Gola, qui a voulu précéder les critiques souvent entendues. Et montrer qu’il ne vit pas dans une tour d’ivoire, quel que soit son statut.

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