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An 62 de la Côte d’Ivoire : Indépendance sous haute surveillance

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«…En vertu du droit inaliénable qu’a tout peuple de disposer de lui-même, je proclame solennellement en ce jour béni du 7 août 1960, l’indépendance de la Côte d’Ivoire… » ; telle fut la phrase prononcée par le président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY pour lâcher les amarres du navire ivoire, lui permettre de quitter le rivage de Marseille et voguer vers d’autres cieux, vers d’autres rivages. Aujourd’hui, après soixante deux (62) ans de navigation, le navire ivoire ne s’est guère éloigné des côtes de l’ancien et éternel ami. Alors des questions taraudent l’esprit de nombreux passagers du navire qui n’ont pas eu l’opportunité d’assister au lâchage des amarres.

Côte d’Ivoire : Plus de soixante ans de navigation sans s’éloigner de son lieu de départ

– Pourquoi le navire ivoire ne prend-il pas la haute mer et permettre aux passagers de faire de nouvelles découvertes comme Ulysse ? – Est-ce la peur d’être aspiré au fond de l’océan dans le triangle de Bermudes ? – Est-ce la peur des timoniers de prendre leurs responsabilités ? En tout état de cause, les timoniers qui se sont succédé pour conduire le bateau ivoire semblent tous avoir une peur bleue de s’éloigner des côtes de l’ancien et éternel ami, à l’exception de l’avant dernier, mais qui très vite et brutalement, a été remplacé dans la cabine de direction du navire.

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En effet, derrière le navire ivoirien, navigue toujours une frégate de la marine de l’ancien et éternel ami, prompt à tirer des slaves de sommation pour avertir le timonier du navire ivoire de ne pas changer de cap ou de ne pas s’éloigner des côtes de l’ancien et éternel ami. A l’intérieur du bateau ivoire, rien n’appartient aux voyageurs. Tout ce qui se trouve dans les cales sont pour l’ami. L’électricité qui alimente le navire, l’eau qu’utilisent marins et voyageurs, le téléphone et même les amarres du bateau sont tombés dans son escarcelle.

Quitter les eaux territoriales de l’ancien et éternel ami

Il est important de signaler également que toutes les passerelles et tous les passages importants à l’intérieur du navire, ont tous été baptisés du nom de valeureux frères de l’ancien, éternel et stratège ami : Boulevard Giscard d’Estaing, Boulevard Mitterrand, Boulevard Latrille, Pont De Gaule, Avenue Crosson Duplessis, etc. Au nom de cette amitié, l’ami a mis à la disposition du navire ivoire une armée chargée de le défendre des navires pirates, mais surtout de ramener les timoniers à la raison au cas où il leur viendrait à l’idée de changer de cap ou de s’éloigner des côtes de l’éternel ami.

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Au début du voyage, tout le monde a célébré l’amitié exemplaire avec l’ancien et éternel ami. Le navire ivoirien encadré et surveillé par l’ancien et éternel ami, était cité en exemple. Il a résisté à de nombreuses intempéries, évité de nombreux icebergs, et n’a jamais tangué. Mais aujourd’hui, les voyageurs du navire ivoire sont de plus en plus exigeants. Ils trouvent très pesante l’omniprésence de cet ami qui devient un carcan qui étrangle toute action.

Ces voyageurs souhaitent que le navire ivoire quitte les eaux territoriales de l’ancien et éternel ami, prennent la haute mer, fasse des escales dans de nouveaux ports, et que surtout la frégate de la marine du stratège ami rebrousse chemin et partant cesse de les suivre. Le navire ivoire peut voguer tranquillement vers de nouveaux rivages sans être guidé comme un enfant qui apprend à marcher ; les marins et le timonier ayant désormais pris de l’assurance et surtout disposant de l’expérience requise pour prendre la mer tous seuls !

Le navire de l’indépendance ivoirienne est parti sans partir

Mais l’ancien et éternel ami n’entend pas les choses de cette oreille. Le timonier qui voulait se défaire du carcan que représentait la présence étouffante de l’ami, fut débarqué sans ménagement pour montrer l’exemple. Son successeur, bien instruit d’une leçon qui lui a bien profité, fait bien profil bas. Il ne cesse de couvrir son nouvel allié de présents. Il ne se passe pas un mois sans qu’il ne se rende chez son bienfaiteur pour lui présenter ses civilités, célébrer cette amitié quasiment sexagénaire et lui assurer son indéfectible attachement.

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En tout état de cause, plus de soixante ans de navigation sans s’éloigner de son lieu de départ est vraiment désespérant. Le navire de l’indépendance ivoirienne est parti sans partir. Il nous revient désormais d’aiguillonner les prochains timoniers afin que cesse cette navigation sous haute surveillance, permettre aux générations à venir de crier véritablement « vive l’indépendance », et de se départir de cet art de partir sans partir… demain.

Demain est certes un autre jour, mais demain arrive toujours ! Et s’il y a eu un matin en Eburnie, il y aura assurément un soir et l’ivraie sera séparée du vrai. Excellente fête d’indépendance sous haute surveillance à tous !

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